Une maison de famille au charme inégalable en Provence

En Provence, les directeurs artistiques Muriel Gregoir et Frédéric Vankeijmeulen ont assouvi leur soif créative en rénovant une vieille bâtisse datée de trois siècles. Un lieu charmant et chargé d’histoire où s’incarnent leur obsession pour les antiquités et les pièces chinées, ainsi qu’une appétence certaine pour les œuvres d’art contemporain.

Apr 3, 2025 - 06:10
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Une maison de famille au charme inégalable en Provence
Sculpture insolite, banquette italienne du XVIIe siècle, couverture africaine ancienne, coupelle à anses, le tout chiné à L’Isle-sur-la-Sorgue. Au mur, œuvre en tissu de Els Bijnens.
Peinture chinée au marché Paul-Bert à Saint-Ouen. Bougeoir de Catherine Algoet.

C’est l’histoire de deux créatifs belges qui ont fait le pari fou d’acheter, au pied du mont Ventoux, une maison provençale sans jamais l’avoir visitée. Au sortir du confinement, galvanisés par cette parenthèse qui leur a permis de se reconnecter à la nature, à leur famille et à la slow life, Muriel Gregoir et Frédéric Vankeijmeulen éprouvent le désir d’un nouveau projet en Provence, attirés par “l’alliance d’une nature vierge et abondante avec la culture des villes avoisinantes”, telle que l’offre la région. Non loin de là, justement, au cœur du village de Malaucène, leur amie décoratrice Bea Mombaers vient d’ouvrir une charmante maison d’hôtes nommée Mas en Scène et les entraîne dans ses recherches de mobilier et de pièces d’antiquaires. En une petite semaine, à distance, le couple met la main sur cette bâtisse du XVIIIe siècle et l’achète avant même de l’avoir vue, de peur qu’elle ne lui échappe.

Peintures chinées au marché Paul-Bert à Saint-Ouen. Applique de Frédéric Bourdiec. Tabouret en bambou chiné à L’Isle-sur-la-Sorgue. Bougeoir de Catherine Algoet.

Quand nous avons enfin passé la porte de la maison pour la première fois, l’émotion fut grande, se souvient le couple. Nous avons immédiatement ressenti l’histoire de cette demeure et son empreinte artistique. En revanche, elle avait besoin d’un solide lifting.” Implantée dans une demeure aristocratique, la maison a appartenu pendant trois décennies à un écrivain et une artiste plasticienne, qui venaient y séjourner tous les ans, et aurait même accueilli en son temps le marquis de Sade. Déployé sur trois niveaux desservis par un escalier monumental, l’endroit se caractérise par ses murs à la chaux, ses vieilles pierres rouges qui tapissent le sol et, à l’extérieur, son enfilade de petits jardins où l’on retrouve du jasmin, des vignes grimpantes, du magnolia, une petite source d’eau potable et même une piscine aux proportions impressionnantes.

Table et banquette du XVIIe siècle chinés à L’Isle-sur- la-Sorgue. Coupe en terre chamottée d’Accolay, vers 1950. Chaise vintage de Harry Bertoia.
Portrait chiné au marché Paul-Bert à Saint-Ouen. Applique de Frédéric Bourdiec. Tabouret en bambou chiné à L’Isle-sur-la-Sorgue.

En Belgique la moitié de l’année, le couple vient ici se ressourcer, travailler, s’inspirer, et œuvre, petit à petit, à redonner à l’endroit du caractère. En vrais passionnés de chine, Muriel et Frédéric, qui travaillent dans la mode et cultivent un goût pour les mises en scène créatives, écument les adresses et bons plans de la région. Les antiquaires de L’Isle-sur-la-Sorgue, les déballages à Avignon, les brocantes de Carpentras et de Villeneuve-lès-Avignon, les ateliers des artisans locaux. Chaque objet est glané et choisi au coup de cœur, témoignant de l’attrait du couple pour les choses patinées par le temps, parfois surprenantes mais jamais ostentatoires, mais aussi pour le brut, l’imparfait, le poétique. “Nous nous sommes imprégnés de l’âme de cette maison. Nous souhaitions la traiter avec énormément de respect. Nous avons donc conservé tout ce qui était d’origine et retiré ce qui trahissait le caractère de la maison. Nous voulions la meubler avec des antiquités, tout en gardant un équilibre avec le contemporain”, expliquent Muriel et Frédéric.

Dans la chambre, lampe des années 1970 chinée à Bruxelles. Au mur, photographie de Karel Fonteyne.

Dans toutes les pièces de vie, les quatre chambres, et même dans la cage d’escalier, le couple a orchestré un décor historique et harmonieux. Parmi leurs sources d’inspiration, au-delà du vintage, le travail de Francis Bacon et de Louise Bourgeois, mais aussi celui du peintre belge Michaël Borremans, de la peintre Anastasia Bay, Els Bijnens, dont on retrouve ici plusieurs œuvres, ou encore de leur ami et styliste Ming Stylemeister. “Le processus de création et la recherche esthétique sans compromis sont véritablement ce qui nous anime, avance le couple. Chaque projet prend toute sa force une fois la sélection d’objets et d’œuvres mise en place.” Alors, en insatiables créatifs et scénographes, Muriel et Frédéric sont déjà à la recherche d’un nouveau projet d’aménagement et viennent de mettre en vente leur maison provençale. À bon entendeur.

Dans la cuisine, nature morte chinée à L’Isle-sur-la-Sorgue. Suspensions de Poul Henningsen.
Vases en papier mâché de Marie Michielssen pour Serax. Photographie de Tom Indekeu. Petite sculpture africaine en bois. Tête de rhinocéros
en céramique de Rebecca Brueder.