Carmen : la bonne adresse à connaître à Amsterdam

Carmen Maria Atiyah de Baets, directrice de création libano-néerlandaise, et son mari, le chef Joris ter Meulen Swijtink, ont conjugué leurs riches bagages culturels pour créer Carmen Amsterdam, une boutique-café-maison d’hôtes nichée dans une bâtisse du XVIIe siècle, en bordure de canal. C’est aussi dans cette maison chargée d’histoire qu’ils vivent, installés au dernier étage avec leur fille Biba, et font converger leurs affections plurielles.

Apr 2, 2025 - 12:34
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Carmen : la bonne adresse à connaître à Amsterdam

Quand le couple s’installe dans cette maison à quatre niveaux en bord de canal, véritable havre de paix en plein cœur de l’effervescence de la ville, il souhaite avant tout préserver l’âme du bâtiment, tel que l’avait désiré la grand-mère de Joris, dont il a hérité en 2010. Si de nombreuses demeures amstello-damoises anciennes sont ornées de moulures au plafond et de médaillons dorés, cette maison est résolument à part. Elle était et reste d’une saisissante modernité pour son époque. “Ma grand-mère, créatrice textile et céramiste, était très inspirée par le mouvement du Bauhaus ou encore l’esthétique mid-century, qui connaît un regain d’intérêt aujourd’hui mais, à l’époque où elle s’est installée dans la maison, dans les années 1980, c’était un choix plutôt inhabituel. Elle avait aussi un côté funky qui ressort un peu partout dans certains détails”, se souvient Joris. “Elle a fait appel à l’architecte Bart van Kasteel pour rénover la maison et en faire son lieu de vie et de travail idéal.” Joris, qui a étudié l’architecture à la TU Delft, a exploré les archives du Het Nieuwe Instituut à Rotterdam pour retrouver les plans. “L’escalier, par exemple, est un vestige du travail de Van Kasteel, et il fonctionne toujours aussi bien dans l’espace”, explique-t-il.

Carmen, dont la maison porte aujourd’hui le prénom, et Joris forment un duo parfaitement complémentaire. “J’ai toujours mille et une idées en tête. Je m’inspire des références les plus obscures, comme un film que je viens de voir, une couleur particulière, une composition ou encore un meuble qui attire mon attention, explique-t-elle. Mais je ne suis pas une créatrice au sens concret du terme, je ne fabrique pas. Joris l’est, et c’est une qualité que j’admire beaucoup chez lui. Il prend mes idées, les couche sur le papier, puis les transforme en réalité tangible”, sourit-elle. Ce dialogue créatif est la clé de leur collaboration. Avec une vision aussi forte que la leur, il était difficile d’envisager de travailler avec un architecte. “Nous ne voulions pas que la maison soit trop dans l’air du temps ou trop parfaite, il fallait qu’elle nous ressemble.” Le duo endosse donc le rôle d’architecte, en s’appuyant sur un entrepreneur qualifié pour refaire toutes les fondations de la maison, en raison de la proximité du canal. Il se charge aussi de dénicher les accessoires et le mobilier — carreaux Winckelmann, appliques Elliott Barnes ou encore mobilier plaqué en bois vernis trouvé chez Spazio Leone — et fait fabriquer certaines pièces sur mesure.

Carmen et Joris se sont rencontrés il y a quinze ans aux Pays-Bas, où ils ont tous deux grandi. Peu après, Carmen s’est installée à Londres, pour suivre des études consacrées au Moyen-Orient. “Au départ, je voulais être journaliste, mais finalement, j’ai travaillé en tant que chargée de stratégie créative chez Karla Otto. Cependant, mes connaissances et ma passion pour cette région du monde ont toujours influencé ce que j’ai fait depuis.” Dans leur boutique attenante, située dans le local d’un ancien antiquaire, elle présente des créateurs peu répandus en Europe (Maryam Nassir Zadeh, Sophie Buhai, Martiniano…) ou encore des marques locales telles que Pien Studios et Flore Flore. Carmen s’intéresse aussi profondément au travail des femmes artistes. “Pendant les travaux de rénovation, qui ont duré trois ans, j’étais tellement entourée d’hommes que j’avais vraiment besoin d’énergie féminine”, plaisante-t-elle. “Notre jardin, dans lequel nous avons mis tout notre amour, a été conçu à l’origine par la célèbre architecte paysagiste Mien Ruys.” Carmen s’enthousiasme : “Elle est l’une des premières femmes à avoir exercé ce métier, dès les années 1920. Son style se caractérisait par des lignes simples et épurées, rehaussées par une végétation naturelle, sauvage.”

Carmen apprécie également de travailler avec des marques créées par des amis et des designers de sa connaissance, comme la fondatrice du label vénitien de maillots de bain Lido : “Ici, les habitants adorent nager en été, mais l’offre en maillots n’était pas très fournie, il était difficile d’essayer différentes coupes.” Ou encore l’artiste textile géorgienne Mariana Chkonia, dont la tapisserie aux couleurs vives orne un coin du salon. “C’est excellent pour l’acoustique et j’aime le côté tactile de l’art textile.” Dès qu’elle le peut, elle se lance dans des collaborations créatives. Par exemple, avec son amie la designer néerlandaise Pien Barendregt. “Pien fabriquait des pièces en perles depuis un certain temps, sans but précis. Un jour, elle est venue avec quelques-unes d’entre elles. J’ai posé une tasse dessus et je me suis dit : « Et si cela devenait un sous-verre ? » Elles me faisaient penser à ceux en bois que l’on retrouve souvent chez les gens au Liban. Pien a ensuite trempé l’une de ses perles dans le vernis que nous avons utilisé pour nos placards de cuisine. Au début, c’était une plaisanterie : « Qui a besoin d’un sous-verre ? » Mais elle s’est lancée, nous les avons mis en vente, et le succès a été immédiat. C’est le genre d’association qui illumine réellement mes journées.”

À l’arrière de la maison, le couple a réinstallé la cuisine et ajouté un four à pizza au feu de bois, une grande structure en dôme d’allure rustique. De là, à travers une baie vitrée allant du sol au plafond, le regard plonge directement sur le jardin luxuriant. “Par une chaude nuit d’été, au jardin, on se sentirait presque en Méditerranée”, se réjouit Carmen. Leur sens de l’hospitalité s’inspire de son héritage libanais. “Quand nous allons voir ma famille au Liban, il y a toujours de la nourriture partout, par exemple. Même si notre boutique n’est peut-être pas à la portée de tous les budgets, on peut toujours y prendre un café. Nous avions envie de créer un endroit recherché, précieux, mais dont chacun puisse profiter, ne serait-ce qu’en s’octroyant un moment de calme dans notre espace.”

Plus que tout, Joris et Carmen souhaitent apporter un plus à leur quartier. “Quand nous sommes rentrés de Londres, nous avons été émerveillés par ce lieu dont nous étions pourtant originaires. Nous en sommes retombés amoureux. La première fois que je me suis rendue dans la maison de la grand-mère de Joris, j’avais une vingtaine d’années. Je me souviens avoir trouvé le style un peu sobre, presque froid. Mais au fur et à mesure que je tirais le fil de son histoire, de son patrimoine, j’en suis venue à apprécier les anecdotes du lieu, le soin apporté aux détails, le savoir-faire investi. J’ai aussi appris à la connaître à travers le regard de Joris, confie-t-elle, ce qui lui a donné une place particulière à mes yeux. Tant de souvenirs chaleureux vivent dans cette maison. Nous avons envie d’en ajouter de nouveaux, de continuer à en créer pour celles et ceux qui en franchissent le seuil.”